À sa naissance, Benjamin Mbelle ne présentait aucun problème de vue. Mais à l’âge de six ans, sa vie bascule lorsqu’il développe une cataracte. L’opération chirurgicale censée lui permettre de retrouver la vue ne se déroule malheureusement pas comme prévu, le plongeant progressivement dans la cécité.
Cette situation marque profondément son enfance et l’éloigne pendant plusieurs années d’une vie active. Benjamin traverse alors une longue période d’incertitude.
Il confie avoir rencontré de nombreuses difficultés dans son parcours scolaire et universitaire. Faute de moyens adaptés et confronté à des obstacles liés à la mobilité, il finit par abandonner ses études universitaires.
J’ai dû décrocher même à l’université parce que, un, je n’avais pas déjà les moyens pour pouvoir me procurer des ouvrages et, dans les amphis, parfois le problème de mobilité devenait un grand obstacle. Il fallait traverser les routes pour aller d’un amphithéâtre à un autre
, raconte-t-il.
Après cet abandon, Benjamin retourne au village dans l’espoir de se reconvertir dans les travaux champêtres. Mais là encore, le handicap rend l’adaptation difficile.
On pensait qu’aller au village pour faire les travaux champêtres pourrait mieux aller. Mais là-bas, il y avait encore toute une autre difficulté de s’adapter. Comment reconnaître une jeune plante en train de grandir lorsqu’on n’a pas reçu de formation adaptée ?
La renaissance grâce à Prohandicam
Son destin prend un nouveau tournant lorsqu’il rejoint Prohandicam, une association engagée dans la promotion et l’accompagnement des personnes vivant avec un handicap au Cameroun.
Au sein de cette structure, Benjamin bénéficie d’une formation en informatique adaptée aux personnes déficientes visuelles. Cette opportunité lui permet de développer de nouvelles compétences et de retrouver confiance en lui.
Aujourd’hui, il occupe le poste de responsable de la salle multimédia de l’association, où il accompagne et forme à son tour d’autres personnes en situation de handicap.
Cependant, il souligne que plusieurs défis demeurent dans le fonctionnement du centre de formation.
Le service que je dirige devrait avoir un espace un peu plus grand et être sectionné afin que nous ayons une salle pour les premières années et une autre pour les deuxièmes années.
Il évoque également le manque de ressources humaines qui complique son travail au quotidien.
« Faire tout ceci tout seul n’est pas évident. Certains cours demandent de sortir du cadre de la salle pour des activités à l’extérieur, et parfois les programmes des différentes classes se chevauchent. »
Un engagement pour l’inclusion
Malgré les difficultés, Benjamin Mbelle reste convaincu que le travail constitue une voie essentielle vers la dignité et l’autonomie des personnes vivant avec un handicap.
À toute personne qui parfois pense abandonner, je le dis simplement : le travail nous aidera. Que l’on soit voyant ou non, rester sans activité est déjà un grand problème. Il faut chercher à tout prix à se hisser quelque part.
À travers son témoignage, il encourage particulièrement les personnes vivant avec un handicap à se former afin d’augmenter leurs chances d’insertion professionnelle.
Je voudrais inviter ceux qui sont comme moi à se former. Lorsqu’on a déjà une formation, tôt ou tard, on finit par trouver un travail. Il existe des structures prêtes à vous accueillir. Ce n’est pas le moment de dormir sur sa peine. Il faut faire le deuil de son handicap et avancer.
, martèle-t-il.
Un message fort à l’occasion de la Fête internationale du Travail
À l’occasion de la 140e édition de la Fête internationale du Travail célébrée ce 1er mai 2026, Benjamin Mbelle lance un appel en faveur d’une meilleure inclusion professionnelle des personnes vivant avec un handicap.
Cette année, la commémoration est placée sous le thème : « Dialogue social et travail décent : facteurs de paix, de cohésion nationale et de développement économique de l’entreprise ».
À travers son parcours, Benjamin Mbelle rappelle que le handicap ne doit jamais être un frein à l’épanouissement professionnel et social, à condition que les personnes concernées bénéficient d’opportunités adaptées et d’un environnement inclusif.
