Selon l’adjoint au gouverneur chargé du développement régional au Sénégal, Alsény Bangoura, 1 660 emplois sont directs et 7 217 indirects ou induits. Ces derniers proviennent de l’activité économique générée par les travaux et des dépenses des ouvriers. L’Agence des travaux et de gestion des routes (AGEROUTE) pilote les opérations, en collaboration avec le bureau régional de l’Organisation internationale du travail (OIT) à Dakar. La RN4 est stratégique pour désenclaver le sud du Sénégal, stimuler le commerce sous-régional et réduire les pertes agricoles.
Le secteur des infrastructures joue un rôle clé dans la création d’emplois, non seulement en phase préparatoire mais aussi pendant l’exécution des projets,
a expliqué Frédéric Bando, chargé des travaux publics à l’OIT.
Il a mis en avant les effets multiplicateurs du chantier, qui soutient la demande dans d’autres secteurs grâce à la consommation des travailleurs et aux activités connexes. Une étude d’impact financée par le programme STRENGTHEN2 (Union européenne-OIT) souligne cependant plusieurs faiblesses. Près de 30,8 % des travailleurs n’ont pas de contrat formel et la protection sociale reste limitée. Le temps de travail hebdomadaire atteint en moyenne 65 heures, pour des salaires variants entre 100 000 et 200 000 francs CFA.
La participation des femmes est de seulement 8,8 %, concentrées dans des postes peu qualifiés. Les jeunes de 15 à 24 ans représentent 20,7 % des effectifs, un niveau inférieur à la moyenne nationale de 25,8 %. Parmi eux, seuls 10,9 % ont bénéficié d’une formation formelle. Le dialogue social est presque absent. À peine 8,7 % des travailleurs sont informés de l’existence d’une structure de défense de leurs droits. L’OIT recommande de renforcer le cadre légal du travail, d’intégrer la formation professionnelle dans les projets d’infrastructure et de mettre en place des mécanismes de protection sociale. Elle préconise également d’institutionnaliser les évaluations d’impact sur l’emploi dans les marchés publics.
Les infrastructures doivent être pensées non seulement comme des outils de croissance, mais aussi comme des leviers pour un emploi décent et durable,
a rappelé Frédéric Bando.
Un contexte national en mutation
Ces constats interviennent alors que le marché du travail sénégalais connaît des évolutions contrastées. L’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD) a publié en juillet 2025 les résultats de son Enquête nationale sur l’Emploi (ENES). Au premier trimestre, 56 % des personnes en âge de travailler ont participé au marché du travail. Mais le taux d’activité des jeunes reste faible, à 47,7 %, contre 68,6 % pour les adultes. Le chômage élargi a reculé à 21,7 %, contre 23,2 % un an plus tôt. Au sens strict du BIT, il est évalué à 4,9 %. Le taux d’emploi, qui mesure la part des personnes en emploi parmi celles en âge de travailler, s’est établi à 40,4 %, en hausse de 0,4 point sur un an.
Les disparités de genre sont marquées. En milieu urbain, 65,5 % des hommes participent à la main-d’œuvre, contre 48,7 % des femmes. En zone rurale, l’écart reste fort, 62,8 % contre 47,1 %. Les femmes sont aussi plus nombreuses à travailler pour leur propre compte (61,6 % contre 46,1 % pour les hommes). Chez les jeunes, le taux d’emploi est de 30,4 %, bien en dessous de celui des adultes (56 %). Pourtant, la proportion d’emplois salariés est plus élevée chez les jeunes (55,1 %) que chez les adultes (30,3 %).
Le secteur tertiaire concentre 57,2 % des emplois, suivi du secondaire (22 %) et du primaire (20,8 %). Dans les services, le commerce et la réparation représentent 43,9 % des postes. La RN4 illustre ce paradoxe : un chantier qui crée massivement des emplois et soutient l’économie locale, mais qui met aussi en lumière la précarité, le manque de protection et l’exclusion des jeunes et des femmes. Derrière les chiffres de l’emploi, le véritable défi reste celui d’une croissance inclusive.
