Une nouvelle femme est morte. Une nouvelle famille est endeuillée. Et une nouvelle fois, le Cameroun est confronté à une violence qui frappe les femmes jusque dans leur environnement proche.
À l’hôtel Salvador, au quartier Fouda à Yaoundé, une femme aurait été tuée au cours d’une dispute avec son compagnon, selon les premières informations publiées ce mardi 25 août. Le suspect aurait été maîtrisé par des personnes présentes avant d’être remis aux forces de sécurité. Les circonstances exactes du drame doivent encore être établies par l’enquête.
Cette nouvelle affaire intervient alors que les chiffres disponibles donnent déjà la mesure de la gravité du phénomène. Le 19 juin 2026, la ministre de la Promotion de la Femme et de la Famille, Marie-Thérèse Abena Ondoa, avait indiqué devant l’Assemblée nationale que 50 féminicides avaient été recensés entre janvier et avril 2026, sur un total de 1 599 cas de violences basées sur le genre enregistrés durant cette période.
50 femmes tuées en quatre mois
Le chiffre est lourd parce qu’il ne concerne que les quatre premiers mois de l’année. Cinquante femmes avaient déjà perdu la vie dans des cas recensés par les services du ministère avant même la fin du mois d’avril. Sur la même période, les autorités avaient également enregistré 166 viols, 13 infanticides, trois enlèvements et trois cas de sévices corporels sur des enfants.
Derrière ces données administratives, il y a pourtant des histoires que les statistiques ne racontent pas. Il y a des mères, des filles, des épouses, des sœurs et des jeunes femmes dont les proches doivent désormais apprendre à vivre sans elles. Un chiffre peut être inscrit dans un rapport ; une disparition, elle, laisse un vide dans une famille.
La ministre avait d’ailleurs présenté ces données comme une partie seulement du phénomène, soulignant que les chiffres enregistrés ne reflètent pas nécessairement toute l’ampleur des violences.
Une violence qui s’inscrit dans le temps
Le phénomène n’est pas apparu en 2026. Les données gouvernementales rapportées ces dernières années montrent déjà une progression. Selon les chiffres communiqués par les autorités, 53 féminicides ont été recensés en 2023, 67 en 2024 et 77 en 2025.
Sur ces trois années, cela représente 197 féminicides recensés. Puis, dès les quatre premiers mois de 2026, 50 nouveaux cas avaient déjà été enregistrés par le ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille.
Ces chiffres donnent une autre dimension aux drames qui font régulièrement l’actualité. Chaque nouvelle affaire ne vient pas seulement s’ajouter à un fait divers précédent. Elle vient s’inscrire dans une série de morts qui, année après année, rappellent la persistance des violences faites aux femmes.
À l’hôtel Salvador, une nouvelle famille endeuillée
Le drame rapporté ce mardi à l’hôtel Salvador donne aujourd’hui un nouveau visage à cette réalité. Une femme est morte dans des circonstances violentes et son compagnon a été interpellé. Pour l’heure, les éléments disponibles restent ceux des premières constatations et déclarations rapportées par la presse. L’enquête devra établir précisément ce qui s’est passé.
Cette prudence est indispensable. Tant que les investigations ne sont pas achevées, aucune version définitive ne peut être présentée comme établie. Mais au-delà des circonstances judiciaires qui devront être clarifiées, une réalité demeure : une femme a perdu la vie et des proches doivent désormais faire face à sa disparition.
C’est là que les chiffres prennent un autre sens. Les 50 féminicides recensés entre janvier et avril ne représentent pas seulement 50 dossiers. Ils représentent 50 femme dont les familles ont été confrontées à une perte irréversible.
Quand les chiffres deviennent des prénoms
À force de voir les nombres s’accumuler, le risque est de finir par ne plus mesurer ce qu’ils représentent réellement. 53, 67, 77, puis 50 en quatre mois : derrière chacune de ces données, il y avait une personne avec une histoire, des proches et des projets.
Pour certaines familles, il reste des enfants qui grandiront sans leur mère. Pour d’autres, des parents qui devront continuer leur vie avec une absence qu’ils n’avaient pas imaginée. Pour les proches, il reste parfois les photographies, les souvenirs et un prénom que l’on ne prononcera plus qu’au passé.
C’est cette dimension humaine qui disparaît lorsque les féminicides sont uniquement traités comme des chiffres ou comme de simples faits divers.
Prévenir avant de compter les mortes
Face à cette situation, le gouvernement affirme avoir engagé des actions de prévention, de prise en charge et de lutte contre les violences basées sur le genre. Le ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille évoque notamment des mécanismes de référencement des victimes vers les services sociaux, sanitaires, judiciaires et sécuritaires, ainsi que des espaces destinés à leur prise en charge.
Le gouvernement a également annoncé l’élaboration d’un texte spécifique sur les violences basées sur le genre. Ces mesures interviennent dans un contexte où la question de la protection des femmes menacées demeure centrale : lorsqu’une violence est déjà signalée, la capacité à intervenir avant qu’elle ne devienne mortelle devient déterminante.
Car une fois le féminicide commis, aucune prise en charge ne peut rendre la victime à sa famille.
Combien de vies faudra-t-il encore perdre ?
Les chiffres disponibles sont déjà suffisamment lourds pour empêcher que ces morts soient considérées comme une succession ordinaire de faits divers. 53 féminicides en 2023, 67 en 2024, 77 en 2025 et 50 recensés entre janvier et avril 2026 par les services du ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille.
À cela s’ajoute, ce mardi 25 août, le drame rapporté à l’hôtel Salvador à Yaoundé, dont les circonstances doivent encore être établies par la justice.
Mais derrière chaque nombre se trouve un prénom. Derrière chaque prénom, une famille. Et derrière chaque famille, une douleur qui ne disparaît pas avec la publication d’un communiqué ou la fin d’un reportage.
Au Cameroun, les chiffres s’accumulent, mais derrière chaque chiffre se trouve une femme qui ne reviendra plus. Cinquante féminicides recensés par les services du ministère entre janvier et avril 2026, après 53 cas en 2023, 67 en 2024 et 77 en 2025 : ces données ne sont pas qu’une succession de statistiques. Elles racontent des vies interrompues, des familles brisées et des enfants privés de leur mère.
À Yaoundé, le drame rapporté ce 25 août à l’hôtel Salvador rappelle brutalement que cette violence n’appartient pas au passé. Pendant qu’une enquête tente d’établir les circonstances exactes de cette nouvelle mort, une autre famille commence déjà à vivre avec l’absence.
Le véritable combat ne devrait donc pas seulement commencer après un féminicide. Il doit commencer avant, lorsque les premiers signes de danger apparaissent, lorsque les menaces sont signalées et lorsqu’une femme demande de l’aide. Car chaque femme sauvée avant de devenir une statistique est une vie préservée, une famille épargnée et une histoire qui peut encore continuer.

