À Gado-Badzéré, village de l’Est du Cameroun, cet homme incarne l’hospitalité, la solidarité et le courage. Martin Azia Sodea est né dans la maison familiale qui sert aujourd’hui de chefferie. Enfant, il observait son père régler les conflits, accueillir les visiteurs et rassembler le village. Il a grandi avec la conviction que l’ouverture et la générosité sont des valeurs essentielles.
Ici, on m’a appris qu’on n’offense pas, qu’on ne refuse pas d’aider. Nos parents nous ont élevés dans l’humilité et l’ouverture
, confie-t-il à l’équipe du HCR.
Ces leçons l’ont façonné et le guideront tout au long de son parcours, hors des sentiers traditionnels. Après ses études secondaires, Martin Azia Sodea choisit la gendarmerie. Il y effectuera une carrière de 33 années, avant de partir à la retraite en 2020. Durant ce parcours, il se forme à la gestion de crise et sert comme soldat de la paix de l’ONU en République centrafricaine.
Une expérience qui a profondément façonné ma compréhension des conflits et des besoins des populations vulnérables
, explique-t-il.
En 2014, un conflit éclate en République centrafricaine. Des milliers de personnes franchissent la frontière pour trouver refuge au Cameroun. Gado-Badzéré, village de 12 000 habitants à l’époque, accepte d’accueillir jusqu’à 36 000 réfugiés. Martin Azia Sodea, avec sa famille et les notables du village, décide de ne pas isoler les nouveaux arrivants.
Dès le départ, il n’était pas question de les mettre à part. Ils devaient vivre parmi nous, se déplacer librement, et nous pouvions entrer sur leur site comme bon nous semblait
, raconte-t-il.
Ce choix de l’intégration totale transforme le village en un exemple de solidarité et de coexistence. Au fil des années, Martin Azia Sodea met en place des solutions pour permettre aux réfugiés de devenir autonomes. Il mobilise 66 hectares de terres pour l’agriculture. Manioc, tubercules, maïs, afin que chaque famille puisse cultiver pour subvenir à ses besoins. Cette initiative renforce les liens entre réfugiés et communauté locale et fait de Gado-Badzéré un exemple de cohabitation réussie. L’éducation et la santé ne sont pas en reste.
L’école primaire du village accueille près de 65 % d’enfants réfugiés. Les enfants locaux et réfugiés apprennent, jouent et grandissent ensemble. Au Centre de santé intégré, Camerounais et réfugiés bénéficient des mêmes soins. Martin Azia Sodea veille à ce que chaque enfant puisse étudier et chaque patient être soigné, symbole de sa vision humaniste et inclusive. 11 ans après l’arrivée des réfugiés, le chef de Gado-Badzéré reste fidèle à ses convictions : protéger, accueillir et permettre à chacun de reconstruire sa vie. Le Nansen Refugee Award vient reconnaître son engagement, sa capacité à conjuguer autorité traditionnelle et expérience militaire, et surtout, son rôle d’homme de paix et de solidarité.
