Le verdict est tombé. L’Office du Baccalauréat du Cameroun a publié les résultats de la session 2025. Avec un taux de réussite de 47,45 %, l’examen emblématique de fin de cycle secondaire enregistre une hausse de plus de dix points par rapport à la session 2024. Cette augmentation suscite autant de soulagement que d’interrogations.
Les 143 299 candidats présents aux épreuves sur les 144 383 inscrits ont vécu cette session avec une pression particulière. La forte baisse du taux de réussite l’an passé, à peine plus de 37 % avait provoqué une onde de choc dans les établissements, chez les élèves comme chez les parents. Cette fois, la tendance semble s’inverser. Avec 67 990 admis, le baccalauréat 2025 redonne une certaine crédibilité à un examen parfois jugé en perte de repères.
Cette amélioration s’inscrit dans une dynamique de reprise progressive. Après la chute brutale de 2024, qui faisait suite à une année scolaire marquée par des perturbations liées aux grèves des enseignants et aux lenteurs administratives, l’administration éducative semble avoir retrouvé une certaine stabilité. Les conditions d’examen se sont, selon plusieurs sources, déroulées dans un climat globalement apaisé, avec un dispositif de surveillance renforcé et une meilleure anticipation logistique.
Les bastions de la réussite
Trois régions se détachent cette année par leurs résultats : le Littoral, le Centre et l’Ouest. Ces pôles urbains traditionnels du savoir enregistrent tous des taux de réussite supérieurs à 52 %. Le Littoral, en tête, affiche 52,94 %, confirmant son ancrage comme l’un des bastions scolaires du pays. Il est suivi de près par le Centre (52,42 %) et l’Ouest (52,11 %), qui maintiennent des performances solides.
La densité des infrastructures éducatives, l’accès aux établissements privés de qualité et la présence de centres de préparation aux examens contribuent probablement à ces résultats. Le Centre, par exemple, reste la région ayant accueilli le plus grand nombre de candidats, avec près de 48 300 inscrits. Un poids démographique qui reflète aussi une certaine centralisation des moyens et des ambitions.
À l’opposé, les régions du Nord, de l’Extrême-Nord, de l’Est et du Sud peinent à hisser leurs candidats au-dessus de la moyenne nationale. L’Extrême-Nord clôture le tableau avec à peine plus de 31 % de réussite. Des chiffres qui traduisent une réalité bien connue : le sous-investissement chronique dans l’éducation dans ces zones, marqué par des taux de pauvreté élevés, des difficultés d’accès aux établissements et parfois un déficit d’enseignants.
Les régions anglophones, bien que confrontées à une crise sécuritaire qui perdure depuis 2016, affichent une situation contrastée. Le Nord-Ouest, malgré un très faible nombre de candidats au bac francophone, dépasse la barre symbolique des 50 %, tandis que le Sud-Ouest atteint 43 %. Ces taux, relativement élevés compte tenu du contexte, montrent que certains efforts ont été consentis pour maintenir une offre éducative minimale dans ces zones troublées, même si la majorité des élèves y optent pour le GCE, le diplôme du sous-système anglophone.
Un examen encore fragilisé
Malgré la remontée du taux de réussite, certaines failles demeurent. Le nombre total de fraudes détectées cette année reste faible 14 cas répertoriés, mais il rappelle que la sécurisation des épreuves reste un défi. Dans plusieurs centres, les surveillants rapportent encore des tentatives de tricherie de plus en plus sophistiquées, parfois facilitées par des complicités internes. L’Office du Baccalauréat a renforcé les contrôles, mais le risque zéro n’existe pas.
Le bilan de cette session 2025 reflète les écarts croissants entre les régions mieux dotées en infrastructures et en ressources humaines, et celles qui peinent à garantir une éducation de base à leurs jeunes. Dans certaines zones rurales, les élèves préparent encore les examens sans manuels scolaires, dans des salles de classe en ruine, parfois sans enseignant permanent. Le contraste avec les grands lycées urbains est saisissant.
Cette école à plusieurs vitesses alimente les frustrations et nourrit une migration éducative interne de plus en plus visible. Des familles déplacent leurs enfants vers Yaoundé, Douala ou Bafoussam pour leur offrir de meilleures chances de réussite, accentuant ainsi les déséquilibres territoriaux. Ce phénomène n’est pas nouveau, mais il prend de l’ampleur au fil des années, au point de poser une vraie question d’aménagement éducatif du territoire.
Le bond de 10 points enregistré cette année pourrait être l’occasion d’un nouveau départ. La réussite scolaire ne doit pas dépendre du lieu de naissance ni du niveau de revenu des parents. Or, c’est encore trop souvent le cas au Cameroun.
