Ils ont peu, mais ils rêvent encore. Dans l’enceinte de l’orphelinat Cœur de Jésus, à Bangue, un quartier du cinquième arrondissement de Douala, les sourires sont revenus l’espace d’une journée. Le mardi 22 juillet 2025, les murs ont vibré au rythme de la musique, de la peinture, et des promesses. L’Association Rythmes et Tradition (ART), en partenariat avec l’organisation camerounaise Prode, y a officiellement lancé le programme « Art 2 Rue », un projet culturel et social conçu pour éveiller les talents, nourrir la créativité et redonner une lueur d’espoir aux enfants en situation de vulnérabilité.
L’orphelinat Cœur de Jésus héberge actuellement 45 enfants, dont 40 scolarisés. Parmi eux figurent plusieurs déplacés internes issus des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun, affectées par la crise sociopolitique. Le centre, ouvert en juin 2018, offre un cadre d’accueil et d’éducation à ces enfants. Selon Geneviève Mispa Hongla, secrétaire générale de l’association ART, « Art 2 Rue » offre aux enfants un espace où ils peuvent s’exprimer à travers diverses disciplines artistiques. Le programme vise également à établir un lien culturel
Basée à Paris, l’Association Rythmes et Tradition œuvre depuis plusieurs années à la promotion des cultures africaines à travers l’art et l’éducation. La cérémonie de lancement quant-à-elle, s’est déroulée en présence des responsables des deux associations, de plusieurs artistes invités, et surtout, des enfants. L’ambiance était festive, mais chargée d’émotion. L’artiste musicienne Ella Nao et le célèbre événementiel Dj Masta, également membre d’honneur de l’association ART, ont animé la rencontre, semant des graines d’inspiration chez les jeunes pensionnaires.
Nous avons fait la promesse d’offrir du matériel pour que ces enfants puissent s’initier au métier de Deejay,
a annoncé Dj Masta.
Un engagement concret qui s’inscrit dans l’esprit du programme : éduquer par la passion, transmettre des compétences, et ouvrir des portes vers des métiers souvent méconnus.
C’est au détour d’une discussion avec Dj Masta que nous avons compris qu’il y avait quelque chose à bâtir ensemble. Cette association, bien implantée en France, pouvait apporter une valeur ajoutée ici, sur le terrain. Et nous, nous pouvions créer le lien, le cadre, et apporter notre connaissance du contexte local. C’est en mutualisant nos forces qu’on peut réellement faire la différence,
raconte Gaëlle Wondje présidente de Prode.
Une collaboration qui illustre la pertinence des synergies entre la diaspora et les structures locales pour des actions durables et efficaces.
Une lumière dans l’obscurité
Pour la fondatrice de l’orphelinat Cœur de Jésus, la Pasteure Elisabeth Nathalie Ngo Bikop, cette journée fut bien plus qu’un simple événement festif. Elle marque, selon elle, une prise de conscience et une ouverture vers de nouvelles possibilités pour ses pensionnaires.
Recevoir des associations comme Prode et ART 2 Rue, c’est plus qu’un honneur. C’est une opportunité de montrer à ces enfants qu’ils ne sont pas oubliés, qu’ils peuvent rêver, créer, s’exprimer, et croire en un avenir meilleur,
confie-t-elle avec émotion.
L’orphelinat, qui fonctionne grâce à des dons et à l’engagement de bénévoles, voit dans cette initiative une chance d’offrir une éducation plus complète, plus humaine, et plus adaptée aux défis de ses résidents. Les ateliers prévus tout au long de l’année seront encadrés par des artistes professionnels, camerounais et internationaux. Peinture, danse urbaine, photographie, percussions, cuisine créative : autant de disciplines au service de la construction de soi et de la réinsertion sociale. Les bénéficiaires y apprendront aussi des compétences concrètes, susceptibles de se transformer en projets professionnels.
Si cette première étape est un succès, les porteurs du projet savent que la suite sera décisive. Il faudra des ressources, du suivi, des relais locaux et un engagement sur le long terme. Mais les fondations sont posées. Et l’enthousiasme est là.
Ce n’est que le début. Nous avons l’ambition d’étendre Art 2 Rue dans d’autres villes du Cameroun et dans d’autres centres d’accueil. L’art peut changer des vies. Nous l’avons vu, et nous continuerons à le prouver,
affirme Geneviève Mispa Hongla.
