Des rues désertes, des commerces fermés. Dans plusieurs quartiers, les rideaux métalliques des boutiques restent tirés. Marchés, écoles, certains entreprises et centres commerciaux : tout semble suspendu.
C’est une crise plus importante que celle du Covid
, confie Mbarga Benjamin, commerçant du marché central.
Durant le Covid, nous n’avions pas eu de dégâts matériels. Or, là, il y a non seulement des pertes économiques énormes, mais aussi des pertes en vies humaines.
Beaucoup de commerçants hésitent à reprendre leurs activités. Par précaution, d’autres ont préféré fermer pour éviter les pillages. Les marchés comme celui de Ndokotti ou de New-Bell tournent au ralenti. Même les grandes enseignes, comme les supermarchés ou les stations-service, ont choisi de baisser temporairement leurs volets.
Les petits commerçants à bout de souffle
La fermeture du China Mall de Ndokotti, principal fournisseur de nombreux revendeurs ambulants, a fragilisé une chaîne déjà précaire.
On veut que nous sortions vendre, mais comment faire sans marchandises ?
s’interroge Awa, vendeuse ambulante des accessoires de téléphone.
La plupart d’entre nous s’approvisionnent à China Mall et les boutiques chinoises du marché douche de Douala. Tant que c’est fermé, on ne peut rien faire.
Ces petits commerçants, qui vivent au jour le jour, voient leurs économies fondre. Certains se tournent vers la solidarité de quartier : un plat partagé, quelques pièces données à un voisin, un geste pour tenir encore un jour de plus.
Une économie locale paralysée
Les conséquences économiques se font déjà sentir. Le blocage des grands axes reliant Douala à Yaoundé ou Bafoussam perturbe gravement l’approvisionnement en vivres.
Le prix du kilo de viande a doublé en quelques jours
, témoigne Lucien Bayemi Sango, habitant de Bépanda.
Les bœufs viennent majoritairement du grand Nord du pays, mais les camions ne passent plus. Même les oignons et l’ail se font rares.
Dans les marchés encore ouverts, les ménagères négocient chaque tomate, chaque morceau de poisson. La hausse des prix alimente l’inquiétude : comment nourrir la famille quand le revenu quotidien s’est évaporé ?
Entre peur et espoir
Malgré la morosité ambiante, des gestes d’entraide émergent. Des associations locales distribuent de la nourriture, des commerçants partagent leurs stocks avant qu’ils ne se gâtent.
Douala, c’est une ville forte
, affirme Mama Thérèse, vendeuse de poisson à Youpwé.
On a déjà traversé des moments difficiles. On finira bien par se relever.
Dans les quartiers populaires, les habitants se retrouvent en soirée pour discuter, partager les nouvelles, garder le moral. Les rires des enfants résonnent encore, preuve que la vie, même ralentie, ne s’éteint jamais complètement.
Douala, la ville du mouvement et des affaires, découvre aujourd’hui le poids du silence. Mais sous cette apparente immobilité, une force tranquille persiste : celle des habitants qui, malgré les fermetures, la peur et la perte, continuent de croire en un lendemain meilleur.
