L’éducation occupe une place centrale dans la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30), qui fait du capital humain l’un des principaux leviers de transformation économique et sociale du Cameroun. Pourtant, à mi-parcours de cette feuille de route, un constat s’impose : si les performances du cycle primaire progressent, l’enseignement secondaire demeure le maillon faible du système éducatif national. Les chiffres du rapport d’évaluation à mi-parcours de la SND30 illustrent ce contraste. Le taux d’achèvement du primaire est passé de 71,5 % en 2020 à 80,7 % en 2024, avec une estimation de 83,8 % en 2025. Cette évolution traduit les efforts consentis par les pouvoirs publics pour améliorer l’accès à l’école, notamment à travers la distribution gratuite de manuels scolaires, les programmes de soutien à la scolarisation des filles et les initiatives destinées aux zones défavorisées.
Mais cette dynamique positive ne se prolonge pas au niveau secondaire. Alors que la SND30 visait un taux de scolarisation de 58 % dans le secondaire en 2025, le niveau atteint n’est que de 47,4 %. Plus préoccupant encore, le taux d’achèvement du secondaire plafonne à 44 %, bien loin de l’objectif fixé à 59,4 %. Derrière ces chiffres se cachent des milliers de jeunes qui quittent prématurément le système scolaire chaque année.
Le coût de l’école reste un frein majeur
L’une des principales explications réside dans le poids des dépenses supportées par les familles. Si l’école primaire publique bénéficie de plusieurs mesures d’accompagnement, les coûts deviennent plus importants à mesure que les élèves progressent dans leur parcours. Frais d’inscription, fournitures scolaires, transport, uniformes ou encore contributions diverses représentent une charge parfois difficile à assumer pour les ménages les plus modestes.
Dans les zones rurales, où les revenus demeurent faibles et souvent dépendants des activités agricoles, de nombreux parents sont contraints de faire des arbitrages. Certains privilégient la scolarisation des plus jeunes tandis que d’autres retirent leurs enfants de l’école pour contribuer aux activités économiques familiales.
Les inégalités territoriales persistent
L’accès au secondaire reste également marqué par d’importantes disparités géographiques. Dans plusieurs localités rurales ou enclavées, les établissements sont peu nombreux et parfois éloignés des lieux d’habitation. Les élèves doivent parcourir de longues distances pour rejoindre leur établissement, ce qui favorise l’abandon scolaire, particulièrement chez les filles.
Les régions affectées par les crises sécuritaires, notamment dans l‘Extrême-Nord, le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, continuent également de subir les conséquences de la fermeture de certains établissements, des déplacements de populations et de l’insécurité persistante. Ces facteurs ont considérablement perturbé les parcours scolaires de milliers d’enfants et d’adolescents.
Les filles davantage exposées au décrochage
Les jeunes filles restent parmi les plus vulnérables face au risque d’abandon scolaire. Les mariages précoces, les grossesses adolescentes, les contraintes culturelles et les difficultés économiques continuent de limiter leur maintien dans le secondaire malgré les programmes de soutien mis en place par l’État et ses partenaires.
Ces dernières années, des initiatives ont permis la distribution de bourses d’excellence scolaire et de kits d’hygiène destinés aux jeunes filles. Si ces mesures contribuent à améliorer leur maintien à l’école, elles demeurent insuffisantes pour lever l’ensemble des obstacles auxquels elles sont confrontées.
Un enjeu économique autant que social
Au-delà de la question éducative, les difficultés du secondaire posent un véritable problème de développement. La SND30 ambitionne de faire du Cameroun un pays émergent fondé sur une économie plus industrialisée, plus compétitive et davantage tournée vers les services à forte valeur ajoutée. Une telle transformation nécessite une main-d’œuvre qualifiée, capable de répondre aux besoins des entreprises et des nouveaux métiers. Or, lorsque les jeunes quittent prématurément le système scolaire, leurs perspectives d’insertion professionnelle se réduisent considérablement. Beaucoup rejoignent le secteur informel, souvent dans des activités à faible productivité et à revenus limités. Cette situation contribue à entretenir le cycle de la pauvreté et des inégalités.
L’urgence de l’amélioration de la scolarisation
À cinq ans de l’échéance intermédiaire de la SND30, l’amélioration de la scolarisation dans le secondaire apparaît comme l’un des défis majeurs des politiques publiques. Les experts plaident pour un renforcement des infrastructures scolaires, une réduction des coûts supportés par les familles, un développement accru des internats et des établissements de proximité, ainsi qu’un meilleur accompagnement des jeunes filles. Le défi est d’autant plus important que les progrès enregistrés dans le primaire risquent de perdre une partie de leur impact si les élèves ne poursuivent pas leur parcours sereinement jusqu’au secondaire.
