La délégation, conduite par Idriss Nahor, a remis aux populations touchées un lot de première nécessité : 50 nattes, 20 bâches, 3 cartons de médicaments. C’est peu face à l’ampleur des dégâts, mais assez pour rappeler qu’il reste, quelque part, un réflexe de solidarité. La cérémonie de remise s’est tenue en présence du sous-préfet Kaïbéné Kandi et du chef de canton, Tchori Malakona. Idriss Nahor explique que les ressortissants du département de Korbol ont voulu répondre à l’appel de leurs frères.
Ces appuis, bien que modestes, permettront d’améliorer un peu vos conditions de vie dans cette période difficile .
Le sous-préfet salue le geste, remercie les cadres du MPS et appelle à une distribution équitable par le comité de crise local. Son président, Kaïbéné Félix, rappelle que c’est la première fois que Nielim fait face à une catastrophe de cette ampleur. Il promet que l’aide sera répartie de manière transparente. Mais ce que vit Nielim ne surprend plus vraiment. Chaque année, les inondations frappent, de plus en plus violentes, de plus en plus destructrices. En 2024, selon l’ONU, 576 morts, près de 2 millions de sinistrés, 432 000 hectares de cultures anéantis, 72 000 têtes de bétail perdues.
N’Djamena n’a pas été épargnée. Les quartiers de Walia, Ngueli et Kabé ont été submergés malgré la digue construite après les crues de 2022. Les sinistrés témoignent, fatigués, résignés. Les infrastructures censées protéger sont souvent dépassées. La digue de 2022, évaluée à 22 milliards de francs CFA, est critiquée pour ses matériaux inadaptés et le manque de vannes.
Les voix s’élèvent
Ouang-Yang Laouna, doctorant en environnement, insiste sur les causes :
Urbanisation non planifiée, occupation anarchique des sols, mauvaise gestion des déchets, canaux bouchés .
Il propose entre autres mesures, le curage des caniveaux, plans d’évacuation, bassins de rétention, infrastructures de drainage adaptées. Le problème n’est pas seulement urbain. Il est structurel. Il touche l’agriculture, la santé, l’accès à l’eau. 80 % des Tchadiens vivent de la terre ou du bétail. Déjà, 42 % de la population vit sous le seuil de pauvreté. Action contre la faim parle de 3,4 millions de personnes en situation d’insécurité alimentaire. Et quand l’eau stagne, les maladies arrivent.
Selon le comité présidentiel de suivi des inondations, 96 % des échantillons d’eau sont contaminés. Choléra, diarrhée, typhoïde menacent. La digue de 32 km en construction dans la capitale prend du retard. L’entreprise chinoise Anda attend toujours un paiement. Et pendant ce temps, la pluie tombe. Le ministre Mahamat Assileck Halata propose des bassins de rétention le long du Logone et du Chari. Bonne idée, si elle est suivie d’effet. À Nielim, la boue est encore fraîche. Les bâches distribuées protégeront peut-être une semaine ou deux. Mais les questions demeurent. À quand une réponse durable ? À quand la fin des solutions d’urgence ?
