Selon le Rapport d’évaluation à mi-parcours de la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30), le nombre de médecins disponibles au Cameroun reste largement en deçà des besoins du pays. En 2025, le pays comptait environ 1,68 médecin pour 10 000 habitants, alors que l’objectif fixé par la stratégie était d’atteindre deux médecins pour 10 000 habitants. Cette situation illustre les difficultés persistantes du système de santé à répondre efficacement à une population en croissance constante.
Une pénurie qui se ressent dans les hôpitaux
Dans de nombreux établissements de santé, particulièrement en dehors des grandes villes, les médecins sont confrontés à une charge de travail importante. Les consultations s’enchaînent parfois à un rythme soutenu, les gardes se multiplient et certaines spécialités demeurent insuffisamment représentées.
Cette réalité est encore plus visible dans les zones rurales où plusieurs centres de santé fonctionnent avec un personnel limité. Dans certaines localités, les populations doivent parcourir plusieurs kilomètres pour consulter un médecin ou accéder à des soins spécialisés. Cette situation contribue à retarder les diagnostics, à compliquer la prise en charge de certaines pathologies et à accentuer les inégalités d’accès aux soins.
Le financement de la santé reste insuffisant
Le manque de ressources humaines est également lié aux contraintes budgétaires. Le rapport de la SND30 révèle que la part de la santé dans le budget national atteint 5,5 % en 2025, alors que l’objectif fixé était de 7,6 %. Cette différence limite les capacités de recrutement, de formation et d’équipement du système sanitaire.
Pour de nombreux observateurs, l’amélioration de l’accès aux soins passe nécessairement par une augmentation des investissements publics dans le secteur. La construction d’infrastructures ne suffit pas si celles-ci ne disposent pas du personnel qualifié nécessaire pour fonctionner efficacement.
La fuite des compétences, un véritable défi
À la faiblesse des effectifs s’ajoute la question de la mobilité des professionnels de santé. Comme dans plusieurs pays africains, certains médecins formés au Cameroun choisissent d’exercer à l’étranger à la recherche de meilleures conditions de travail, de rémunérations plus attractives ou d’opportunités de spécialisation. Une situation qui prive le système national de compétences pourtant essentielles au développement de services médicaux spécialisés et contribue également à accentuer la pression sur les praticiens restés au pays.
Les maladies qui continuent de peser sur le système
En plus, le déficit en personnel médical intervient dans un contexte où certaines problématiques sanitaires demeurent préoccupantes. La prévalence du paludisme reste supérieure aux objectifs fixés par la SND30. Alors que la stratégie prévoyait un taux de 15,9 % en 2025, la réalisation se situe à 19,2 %. Le retard de croissance chez les enfants demeure également élevé, atteignant 25 % contre une cible de 18,6 %.
Des progrès sanitaires malgré tout
Malgré ces contraintes, plusieurs indicateurs sanitaires évoluent favorablement. Le taux de mortalité maternelle est descendu à 237,1 décès pour 100 000 naissances vivantes, contre une prévision de 244. La mortalité infanto-juvénile est estimée à 38 pour 1 000 naissances vivantes, contre une cible de 41,8. Quant à la mortalité néonatale, elle s’établit à 6,8 pour 1 000 naissances vivantes, un résultat meilleur que la prévision de 9,6. Ces performances démontrent que les investissements réalisés dans le secteur produisent des effets positifs. Toutefois, les experts estiment que des résultats encore plus significatifs pourraient être obtenus si le pays disposait d’un nombre plus important de médecins, d’infirmiers et de personnels spécialisés.
Former davantage de médecins, améliorer leur répartition sur le territoire, renforcer les plateaux techniques et accroître les investissements dans la santé apparaissent aujourd’hui comme des impératifs pour atteindre les objectifs de développement du pays.
