C’est avec un langage des signes que Samuel, menuisier, passe à l’équipe de Album Social le numéro de Véronique Penimbeck Korot, responsable du Cres de New-Bell. Dans la cour de ce centre des enfants défavorisés, le silence règne. Le bruit et les jeux habituels des enfants ont laissé place aux oiseaux qui chantent et aux poules qui vont et viennent. Le calme qui en découle replonge Véronique Penimbeck dans les débuts douloureux du Cres.
Le centre est né en 1986. La motivation du fondateur a été faite suite à ce handicap de sa fille (ma sœur), puisqu’elle a été frappée d’une méningite. Elle est sortie de l’hôpital avec la surdité. Et ne pouvant pas être insérée un peu partout, elle a commencé la première école à Yaoundé. Après Yaoundé, il fallait toujours se déplacer (…) Et ce n’était pas accessible à toutes les familles d’accueillir un tel enfant. Avec des conseils, les parents se sont rendus compte qu’ils ne sont pas seuls. Et pourquoi ne pas venir en aide à ces enfants ? C’est comme ça qu’ils décident de créer le centre de rééducation des enfants sourds.
Pour une inclusion totale
D’abord centré sur la surdité, l’établissement a progressivement ouvert ses portes à d’autres types de handicaps. Autistes, retardés scolaires, prisonniers, enfants bien portants mais mal épanouis auprès des siens… tous ont trouvé leur place au Centre de rééducation de New-Bell. Dans cette institution, alphabétisation et apprentissage rime avec autonomisation et formation professionnelle. Cette politique est rendue possible grâce à la collaboration du Cres de New-Bell collabore avec plusieurs centres de formation privés.
Après l’obtention du Certificat d’étude primaire (CEP) et du Brevet d’études du premier cycle (Bepc) pour les généralistes, les pensionnaires sont initiés à la pratique des métiers dans ces institutions. Les formations ciblées, couture, menuiserie, art plastique, tissage, cordonnerie, informatique, puériculture, et gestion domestique. L’objectif étant de rendre autonomes les apprenants. « Nous préparons ces enfants à être indépendants, à créer leurs propres ateliers, à embaucher d’autres jeunes comme eux », témoigne fièrement Véronique Penimbeck Korot.
« L’arbre qui tient les promesses des fruits »
Le Centre de rééducation des enfants sourds apparaît également comme un lieu de reconstruction et un refuge pour ces enfants très souvent en marge de la société. « Ici, nous avons des enfants qui viennent affamés et repartent rassasiés, vêtus, outillés. Pourtant, aucun parent ne paie. Nous portons tout. », confie la responsable du centre. Les résultats de cet élan de solidarité sont concrets puisque ces derniers parviennent à s’insérer dans le monde socioprofessionnel. D’après Véronique, bon nombre sont propriétaires de salons de coiffure. Ils emploient d’autres déficients auditifs. C’est le cas de Samuel, menuisier, marié à une ancienne camarade sourde. Rejeté depuis tout petit par les siens, l’homme vit aujourd’hui grâce au bois.
Comme lui, beaucoup d’anciens élèves représentent la preuve du succès de cette initiative. Des anciens élèves sont aujourd’hui entrepreneurs, menuisiers, stylistes et bien d’autres. Des résultats qui font échos auprès de parents de plus en plus ouverts. « Il y a vingt ans, certains parents nous accusaient de sorcellerie. Aujourd’hui, ils reviennent fièrement inscrire leurs petits », lance celle qui encadre les tout petits.
Vaincre les préjugés
Dans sa mission sociale, le Cres fait face à de nombreux défis. Parmi eux, des préjugés à l’endroit des enfants atteints de surdité. Ces derniers sont très souvent taxés de sorciers. Penimbeck Korot lutte au quotidien pour changer cette perception. Ses outils, des campagnes de sensibilisation dans les quartiers et dans les institutions éducatives entre autres.
Nous avons introduit des enfants entendants dans certaines classes pour favoriser la mixité et casser les barrières mentales,
affirme-t-elle avant d’ajouter que les enfants sourds n’ont pas moins de potentiel, ils ont juste besoin d’être écoutés attentivement.
Depuis sa création, le Cres responsable a accompagné et réinséré plus de 800 enfants sourds dans la société. Des chiffres certes modestes mais éloquents dans un segment où le problème de financement se pose avec acuité. À cela s’ajoute la vétusté des équipements (audiomètre défaillant, appareils ORL usés…), l’insuffisance de la ressource humaine due à l’instabilité des spécialistes qui viennent principalement de Douala et de Yaoundé, le soutien limité de l’État, etc. Malgré les difficultés rencontrées en 39 ans d’existence, le Centre de New-Bell a su traverser le temps et s’imposer comme une passerelle entre le sourd-muet et le reste du monde.
