Dans le septentrion, les marchés demeurent sous pression en raison de la rareté des produits de base et du coût élevé du transport. Les prix du maïs, du mil et du riz dépassent les moyennes saisonnières. FEWS Net attribue cette flambée à la faiblesse de l’offre dans les zones de production, à la demande croissante des pays voisins et à la persistance de l’insécurité. Cette situation pèse lourdement sur le pouvoir d’achat des ménages, déjà affaibli par la baisse des revenus agricoles. Les populations déplacées internes, dépendantes du marché pour leur approvisionnement, figurent parmi les plus touchées. Le rapport indique que la majorité d’entre elles ne parviennent plus à assurer une alimentation suffisante et diversifiée. La dégradation du climat sécuritaire a restreint les activités agricoles et compromis les récoltes. Dans de nombreuses localités, les familles survivent grâce à l’aide humanitaire, souvent irrégulière.
Les perspectives pour les prochains mois restent préoccupantes. FEWS Net estime que sans amélioration notable de la production locale ou du niveau d’assistance, les ménages vulnérables continueront de subir une insécurité alimentaire sévère. Les régions de l’Extrême-Nord et du Logone-et-Chari figurent parmi les zones les plus exposées, où les déplacements de population et la perte des moyens de subsistance accentuent la précarité. Dans les régions anglophones, la situation n’est pas moins alarmante. FEWS Net relève une dégradation continue des conditions de vie dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest. Les récoltes issues de la campagne agricole 2025 sont déjà épuisées, forçant les ménages à s’approvisionner sur des marchés où les prix ne cessent d’augmenter. Cette dépendance généralisée a accentué la vulnérabilité des foyers les plus modestes.
Les activités économiques restent paralysées dans plusieurs zones rurales à cause des restrictions de déplacement et des attaques sporadiques. De nombreux agriculteurs ont préféré écouler leurs récoltes à bas prix pour échapper aux perturbations du marché. D’autres ont abandonné leurs exploitations faute de sécurité. Les départements de Donga-Mantung, Momo, Bui, Lebialem et Menchum concentrent une part importante des ménages confrontés à une insécurité alimentaire aiguë. Le rapport précise que les stratégies d’adaptation adoptées par les familles ne suffisent plus à contenir la crise. L’achat à crédit, la réduction des portions et la suppression de repas sont devenus des pratiques courantes. Dans plusieurs communautés isolées, l’accès à l’aide humanitaire demeure limité, aggravant la détresse des populations.
40 ans d’anticipation et d’alerte
Créé en 1985 par l’Agence américaine pour le développement international, le Famine Early Warning Systems Network est né dans un contexte mondial marqué par de graves famines. L’initiative visait à développer un système d’alerte capable d’anticiper les crises alimentaires et de soutenir les décisions des gouvernements. Depuis sa création, le réseau s’est imposé comme un outil de référence dans la veille humanitaire et la gestion des risques alimentaires. Son fonctionnement repose sur la collecte et l’analyse d’un ensemble de données agricoles, économiques et climatiques. À partir de ces informations, les experts élaborent des projections sur l’évolution des marchés, des récoltes et des revenus des ménages.
Les résultats sont ensuite présentés sous forme de cartes et de rapports qui servent à orienter les interventions humanitaires et les politiques publiques. En 2025, FEWS Net célèbre ses 40 années d’existence. À travers ses activités, le réseau contribue à renforcer la résilience des populations confrontées à la faim et à guider les stratégies de réponse rapide en période de crise. Le Cameroun figure aujourd’hui parmi les pays où ces alertes prennent tout leur sens.
