Implanté au cœur du village de Ziling, à quelques kilomètres de Maroua, le Centre Shalom est né en 2004 au sein de la paroisse Saint Jean de Djarengol. À l’origine, il s’agissait d’une action paroissiale destinée à accueillir quelques enfants abandonnés ou marginalisés en raison de handicaps mentaux ou physiques. Très vite, l’initiative a dépassé le cadre caritatif pour devenir un véritable centre de rééducation et d’éducation spécialisée. Sa reconnaissance officielle en 2010 marque un tournant décisif : elle ouvre l’accès à des subventions modestes et à des formations professionnelles pour le personnel.
Aujourd’hui, l’établissement accueille près d’une cinquantaine d’enfants et de jeunes adultes âgés de 3 à 25 ans. Les bénéficiaires proviennent non seulement de Ziling et Djarengol, mais également de localités plus éloignées comme Mokolo. Un système de transport adapté, financé par des donateurs ponctuels, permet leur déplacement quotidien.
L’équipe est composée d’un travailleur social, d’un neuropsychomotricien et de quatre éducateurs spécialisés, dont l’engagement compense souvent le manque de moyens matériels.
Une prise en charge globale : thérapie, apprentissage et inclusion
Chaque journée au centre s’articule autour d’un programme individualisé. Les matinées sont consacrées aux séances spécialisées psychomotricité pour développer la coordination et la mobilité ; ergothérapie pour renforcer l’autonomie ; orthophonie pour stimuler le langage et la communication.
Les plus jeunes bénéficient de stimulations sensorielles adaptées, tandis que les adolescents suivent des apprentissages de base en lecture et en calcul. Les jeunes adultes participent à des ateliers pratiques couture, poterie, travaux manuels favorisant leur insertion sociale et économique progressive. L’après-midi est dédié aux activités collectives : jeux adaptés, chants, exercices de socialisation et sorties éducatives vers les marchés de Maroua. Ces activités participent à briser l’isolement et à sensibiliser la communauté à l’inclusion.
Le centre accorde également une place centrale au soutien psychosocial des familles. Les groupes de parole permettent aux parents d’échanger sur leurs difficultés et de déconstruire les représentations culturelles parfois stigmatisantes du handicap. Des distributions alimentaires sont organisées afin de répondre aux cas de malnutrition, fréquents dans la région.
Les résultats, bien que progressifs, sont tangibles : des enfants non verbaux commencent à articuler leurs premiers mots ; d’autres apprennent à marcher ou à se déplacer seuls après plusieurs années d’accompagnement. Dans un environnement où le handicap est souvent synonyme d’exclusion, ces progrès représentent des victoires majeures.
Des défis structurels dans un contexte sécuritaire fragile
Le Centre Shalom évolue dans un environnement marqué par la crise sécuritaire liée aux exactions de Boko Haram depuis 2014, qui a fragilisé durablement le tissu socio-économique de l’Extrême-Nord. Son budget annuel avoisine 20 millions de FCFA, financé à près de 70 % par des dons privés. Les charges récurrentes salaires, médicaments, alimentation, entretien limitent les investissements structurels.
Les besoins restent considérables : fauteuils roulants et équipements spécialisés ;matériel ortho-pédagogique moderne ; salle de kinésithérapie adaptée aux fortes chaleurs et renforcement des capacités du personnel. L’expérience réussie de la maternité inaugurée en 2022 à Ziling avec le soutien de Ordre de Malte illustre pourtant le potentiel des partenariats structurants dans la région.
Un levier pour le développement local et l’inclusion nationale
Dans l’Extrême-Nord, où les statistiques locales estiment le taux de handicap infantile à environ 5 % un chiffre probablement sous-évalué en raison du faible accès au diagnostic le Centre Shalom joue un rôle stratégique. À moyen terme, l’ambition est claire : devenir un centre régional de formation pour éducateurs spécialisés, en partenariat avec l’Université de Maroua et des ONG internationales telles que Handicap International. Cette dynamique s’inscrit dans la Stratégie Nationale d’Inclusion des Personnes Handicapées (SNI.PH), portée par le Ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille.
Au-delà de l’assistance, le Centre Shalom contribue à la construction d’un modèle de société plus équitable, où chaque enfant quel que soit son handicap peut prétendre à une place digne.
