Ils ont pris la route à bord de cinq bus, tôt dans la matinée, sous une forte mobilisation administrative et sécuritaire. Femmes, hommes et enfants ont ainsi entamé un voyage longtemps attendu, après plusieurs années passées loin de leurs localités d’origine, fuyant les violences armées attribuées au groupe Boko Haram dans le nord-est du Nigeria. Ce retour s’effectue de manière volontaire et encadrée, conformément aux engagements pris entre Yaoundé et Abuja pour garantir la sécurité et la dignité des personnes concernées.
La cérémonie marquant le départ du convoi s’est tenue à l’esplanade du camp de Minawao. Elle était présidée par le gouverneur de la région de l’Extrême-Nord, Midjiyawa Bakari, en présence du représentant du gouverneur de l’État de Borno, Lawan Abba Wakilbe. Les autorités administratives, militaires et sécuritaires des deux pays ont également pris part à l’événement, témoignant de la coordination étroite autour de cette opération.
Pour les responsables présents, ce rapatriement traduit une volonté commune de proposer des solutions durables à la crise des réfugiés dans le bassin du lac Tchad. Le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés a apporté son appui technique et logistique à l’organisation de ce retour. L’institution veille notamment au respect des standards internationaux en matière de rapatriement volontaire, en s’assurant que chaque réfugié a exprimé librement son choix de retourner au Nigeria et que les conditions minimales de sécurité sont réunies dans les zones d’accueil. Les forces de défense et de sécurité camerounaises ont escorté le convoi jusqu’à la frontière, où le relais a été pris par les autorités nigérianes. Cette vague de retours s’inscrit dans un plan global qui prévoit le rapatriement progressif de 3 122 réfugiés nigérians vivant actuellement au Cameroun.
Depuis le début de l’insurrection de Boko Haram, le pays a accueilli sur son sol des milliers de personnes contraintes de fuir les violences. Le camp de Minawao est devenu au fil des années l’un des principaux sites d’accueil de ces populations, offrant une assistance humanitaire dans un contexte régional marqué par l’insécurité et la précarité. Pour le Cameroun, cette opération illustre un équilibre entre solidarité et responsabilité. Le pays continue d’assumer son rôle d’État d’accueil tout en travaillant avec ses partenaires à la réduction progressive de la pression sur les zones d’installation des réfugiés.
Les autorités rappellent que les rapatriements ne sont organisés que lorsque les conditions le permettent et que le principe du volontariat demeure central dans tout le processus. Du côté nigérian, le retour de ces familles représente un défi majeur en matière de réintégration. Après plusieurs années d’exil, les rapatriés doivent reconstruire leurs vies dans un environnement encore fragile. Les autorités de l’État de Borno, avec l’appui du gouvernement fédéral et des organisations humanitaires, sont appelées à accompagner ces populations, notamment à travers l’accès au logement, aux soins, à l’éducation et aux moyens de subsistance.
À ce stade, aucune date n’a été officiellement annoncée pour les prochaines opérations de rapatriement. Les responsables indiquent que les futures vagues dépendront de l’évolution de la situation sécuritaire et de l’adhésion volontaire des réfugiés encore installés dans le Mayo-Tsanaga. Cette opération du 27 janvier apparaît ainsi comme un test important pour la poursuite du programme, dans une région où la stabilité reste étroitement liée à la coopération entre les États voisins.
