Comment une jeune fille qui ne peut pas facilement exprimer une douleur peut-elle alerter son entourage ? Comment reconnaître une anomalie lorsqu’elle ne dispose pas des informations nécessaires pour comprendre les changements de son corps ? Et surtout, comment prévenir une maladie dont les signes et les moyens de dépistage restent parfois méconnus ? Ces interrogations ont constitué le fil conducteur d’une rencontre organisée au CAFIDE autour du thème : « Mon corps, mon avenir : jeune et actrice de ma santé parlons cancers sans tabou ! ».
À travers cette initiative, l’Association numérique inclusive des personnes en situation de handicap du Cameroun (ANIPSHCAM) a voulu sensibiliser son personnel et ses apprenants aux différents types de cancers, à leur diagnostic et aux moyens de prévention. Une démarche qui rappelle que le handicap ne doit pas constituer un obstacle à l’information, encore moins à la protection de la santé.
Le handicap ne doit pas éloigner les jeunes filles de l’information
Pour les organisateurs, le constat est celui d’une population qui ne bénéficie pas toujours des mêmes occasions d’information que les autres. Miafo Tsamo Djamila F., promoteur du CAFIDE et de l’ANIPSHCAM, explique que l’activité avait d’abord pour objectif de renforcer les connaissances du personnel et des apprenants du centre.
L’idée principale, c’était d’outiller ou de sensibiliser notre personnel d’abord et puis nos apprenants en situation de handicap sur la notion du cancer, les différents types de cancer, le diagnostic et la prévention,
précise-t-il.
Selon lui, une trentaine de personnes ont participé à cette sensibilisation. Il estime que l’initiative a permis de lever une partie des incompréhensions autour de la maladie et de rappeler qu’elle ne doit pas être un sujet interdit.
La personne en situation de handicap est mise de côté par rapport à un bon nombre d’informations concernant la maladie, la santé mentale,
regrette-t-il.
Le choix de mettre particulièrement les jeunes filles en situation de handicap au centre de cette activité répond à cette difficulté d’accès à l’information.
Quand on regarde les programmes de sensibilisation, très rarement ces personnes sont impliquées. Voilà pourquoi nous avons donc décidé ce jour de les informer,
explique le promoteur.
Pour lui, les besoins exprimés par les participants montrent que cette initiative ne devrait pas rester isolée. Il annonce que la question pourrait être de nouveau abordée en décembre, à l’occasion du mois consacré à la personne handicapée, en raison de l’intérêt manifesté pendant les échanges.
Connaître son corps et consulter dès les premiers signes
Au cours de la rencontre, Julie Kuate, technicienne de laboratoire d’analyses médicales, a insisté sur la nécessité pour chaque jeune fille de connaître son corps et de prêter attention aux changements inhabituels. Elle a notamment évoqué l’apparition de boules au niveau des seins, les écoulements du mamelon, les déformations ou d’autres modifications physiques qui doivent conduire à consulter.
Je dois connaître mon corps. Je dois m’auto-palper. Je dois savoir reconnaître les signes alertants […] et je dois me rendre immédiatement à l’hôpital,
conseille-t-elle.
La technicienne rappelle toutefois que la présence d’un signe inhabituel ne signifie pas automatiquement qu’il s’agit d’un cancer. Une consultation permet justement d’en rechercher la cause et de déterminer la conduite à tenir.
Elle insiste également sur les limites de l’autopalpation, qui ne saurait remplacer une évaluation médicale.
Si bien même que vous sachiez comment faire votre auto-palpation, vous devez aussi aller à l’hôpital parce que l’auto-palpation ne suffit pas. Il y a d’autres examens à ajouter,
explique-t-elle, en citant notamment la mammographie.
Mais au-delà des gestes de prévention, Julie Kuate pointe une difficulté souvent négligée : celle de parler de ses problèmes de santé. Certaines jeunes filles peuvent ressentir une douleur ou constater un changement sans parvenir à en informer leur entourage.
Le message important que je peux conseiller aux jeunes filles, c’est déjà de parler, de parler de ses souffrances, de parler des nouvelles apparitions, comme par exemple des boules, comme par exemple des douleurs, parce que le plus dur, c’est d’en parler,
souligne-t-elle.
Elle les encourage à se rapprocher de leurs parents ou de professionnels de santé qualifiés.
Vous, jeunes, vous êtes actrices de votre santé. Vous devez prendre votre santé en main,
ajoute-t-elle.
Quand le corps parle à la place des mots
Pour les jeunes filles qui rencontrent des difficultés à communiquer verbalement, la vigilance de l’entourage devient particulièrement importante. Une douleur, un malaise ou une situation de détresse ne sont pas toujours exprimés directement. Ils peuvent se manifester à travers des changements de comportement.
Minlo Gaston Serge, psychologue clinicien et psychopathologue, rappelle que certains enfants en situation de handicap dépendent fortement de leurs parents et de leur entourage pour faire comprendre ce qu’ils ressentent.
Ce n’est pas que par les mots que l’enfant peut exprimer son vécu et ses ressentis. Effectivement aussi, certains jeunes en situation de handicap peuvent aussi, à partir de leur corps, porter un message, une détresse, qu’elle soit physique ou psychologique,
explique-t-il.
Il cite plusieurs manifestations qui peuvent attirer l’attention des parents : le refus de s’habiller, un changement dans les habitudes vestimentaires, le refus de manger ou encore les troubles du sommeil.
Ce sont autant de signes d’alerte qu’il faut écouter pour donner du sens, pour comprendre pourquoi cette situation se passe, au lieu de prendre cela du mauvais côté,
insiste-t-il.
Ces manifestations ne constituent pas à elles seules des preuves de maladie ou de maltraitance. Elles doivent cependant inciter les proches à rechercher ce qui a changé dans la vie de l’enfant et, si nécessaire, à solliciter un accompagnement médical ou psychologique.
Le psychologue met également l’accent sur la relation entre les parents et leurs enfants. Selon lui, certains adultes pensent connaître parfaitement les besoins de leurs enfants et prennent parfois leurs décisions sans suffisamment les écouter.
Les enfants aussi ont leurs propres besoins qu’il faut aussi prendre en compte,
rappelle-t-il.
Pour construire une relation de confiance, il recommande d’instaurer des échanges réguliers, même autour des événements les plus simples de la journée.
Lorsque, par exemple, un enfant part à l’école, vous essayez un peu de lui poser des questions : qu’est-ce que vous avez fait là-bas ? Comment est-ce que la journée a été ? Ça crée un lien de proximité et aussi un lien de confiance,
explique-t-il.
Il invite également les parents à éviter les accusations systématiques lorsqu’un enfant adopte un comportement qui les dérange. Comprendre les raisons de ce comportement et tenir compte de son point de vue peut contribuer à le mettre davantage en confiance.
Informer une jeune fille sur le cancer, c’est aussi lui donner les moyens de comprendre son corps, de signaler une douleur et de demander de l’aide. Mais cette responsabilité ne peut reposer uniquement sur elle. Les parents, les établissements accueillant des personnes handicapées et les structures sanitaires ont également un rôle à jouer pour rendre les messages de prévention accessibles et adaptés aux différentes formes de handicap.
L’initiative du CAFIDE aura permis de réunir une trentaine de personnes autour de cette question. Reste désormais à faire en sorte que l’information ne s’arrête pas au terme d’une sensibilisation.

